Mar 12 2008
Burns
En plein milieu d’Union Terrace, bien campé sur son piédestal et tournant le dos à la débauche de Belmont Street, la satue de Robert Burn me fait sourire à chaque fois. Ce n’est pas l’importance accordée à ce poète que tous les écossais semblent vénérer, ni le fait que la fleur qu’il tient dans sa main avait la réputation de disparaître régulièrement, ni le fait que Rabbie Burns détestait profondément Aberdeen, ni la pose grandiloquente du poète, mais l’oiseau (Seagull, une mouette) qui semble en permanence posé sur sa tête. C’est le fait que la chevelure du monsieur soit couverte d’un blanc qui n’est pas de la neige.


**
Robert Burn est le poète favori du pays quadrillé. Un peu comme Émile Nelligan (sans le sirop d’érable), tout le monde en a entendu parler à l’école et tout le monde doit en avoir un peu marre.
[zone wikipédia]
Né en 1759 à Alloway, Ayrshire (i.e. un trou perdu) Robert a un million de surnoms qui sont révélateurs de son importance dans le pays: Rabbie Burns, Scotland’s favourite son, the Ploughman Poet, the Bard of Ayrshire ou tout simplement The Bard. Émile se sent probablement plutôt jaloux en ce moment. Na-na de répliquer Rabbie.
J’apprend aussi que Robert est considéré comme un pionnier du mouvement romantique, dont l’image a (après sa mort, comme toujours) été réutilisée par les mouvement libéraux et socialistes. Étrange.
Ce qui est par-dessus tout intéressant, c’est le fait que, sans le savoir nous connaissons tous Bobby Burns. Hein? Eh oui. Fredonnez un peu “ce n’est qu’un au revoir, oui ce n’est qu’un au revoir, oui nous nous reverrons, mes frères, ce n’est qu’un au revoir”. Ben c’est une chanson de Bobby itself qui est connue ici comme Auld Lang Syne et est chanté au nouvel an (Hogmanay)
[/zone wikipedia]
“Bon, c’est bien joli la culture générale, mais qu’est ce que j’en ai à foutre?”, les plus irrespectueux d’entre vous se demandent peut-être. Le lien avec ma propre vie personnelle arrive à grand galop, prenez une respiration et pouuf, voici.
Le 25 janvier tout autour de l’Écosse la fête nationale du Bard est célébrée dans la joie et le bonheur. Wikipedia ajoute que cette célébration est encore plus observée que St-Andrews Day qui est pourtant la fête nationale officielle. Si j’étais Émile, je prendrais des notes.
“Le lien avec ta vie personellleeeeee!!” Ok ok, ça s’en vient. En gros, (pff, la pression quand même) on célèbre Burns avec un Supper. Burns Supper it is. Vous me voyez venir? Non? Come on! Ellie (celle avec qui je partage mon loyer) est m’a demandé, quelque jours avant la date fatidique si nous pouvions tenir notre propre Burns Supper dans cet appartement minuscule qui est le notre. Bien sûr, que j’ai répondu, je suis toujours prête pour découvrir des morceaux de la culture écossaise.
Comment ça se passe, alors, vous pourriez me demander, puisque, de toute évidence, le 25 janvier est chose bien révolue et je dois donc maintenant tout savoir des rebondissements de la chose.
Un Burns Supper est avant tout composé de bouffe. Haggis (végétarien dans le cas d’Ellie et moi), navets, pommes de terres et gravy, le tout arrosé, bien entendu, de Whisky (et il semble qu’après six mois en Écosse, je ne suis toujours pas capable d’épeler ce mot correctement). Pas bien excitant vous pourriez me dire. En effet, le tout serait plutôt déjà si ce n’était de la poésie qu’on déclame en l’honneur du Haggis juste avant de l’engloutir. Voici ce que ça donne:
ADRESS TO A HAGGIS
1.
Fair fa’ your honest, sonsie face,
Great chieftain o’ the puddin-race!
Aboon them a’ ye tak your place,
Painch, tripe, or thairm:
Weel are ye wordy of a grace
As lang’s my arm.
2.
The groaning trencher there ye fill,
Your hudies like a distant hill,
Your pin wad help to mend a mill
In time o’ need,
While thro’ your pores the dews distil
Like amber bead.
3.
His knife see rustic Labour dight,
An’ cut ye up wi’ ready slight,
Trenching your gushing entrails bright,
Like onie ditch;
And then, O what a glorious sight,
Warm-reeking, rich!
4.
Then horn for horn, they stretch an’ strive:
Deil tak the hindmost, on they drive,
Till a’ their weel-swall’d kytes belyve
Are bent like drums;
Then auld Guidman, maist like to rive,
‘Bethankit!’ hums.
5.
Is there that owre his French ragout,
Or olio that wad staw a sow,
Or fricassee wad mak her spew
Wi perfect scunner,
Looks down wi’ sneering, scornfu’ view
On sic a dinner?
6.
Poor devil! see him owre his trash,
As fecl;ess as a wither’d rash,
His spindle shank a guid whip-lash,
His nieve a nit;
Tho’ bluidy flood or field to dash,
O how unfit.
7.
But mark the Rustic, haggis-fed,
The trembling earth resounds his tread,
Clap in his walie nieve a blade,
He’ll make it whistle;
An’ legs, an’ arms, an’ heads will sned
Like taps o’ thrissle.
8.
Ye pow’rs, wha mak mankind your care,
And dish them out their bill o’ fare,
Auld Scotland wants nae skinking ware,
That jaups in luggies;
But if ye wish her gratfu’ prayer,
Gie her a Haggis!
Euh, quoi? Bon, bon, remerciez-moi, j’ai planché bien dur sur une traduction [NOT] intelligible. Voici:
Fair full your honest, jolly face,
Great chieftain of the sausage race!
Above them all you take your place,
Stomach, tripe, or intestines:
Well are you worthy of a grace
As long as my arm.
The groaning trencher there you fill,
Your buttocks like a distant hill,
Your pin would help to mend a mill
In time of need,
While through your pores the dews distill
Like amber bead.
His knife see rustic Labour wipe,
And cut you up with ready slight,
Trenching your gushing entrails bright,
Like any ditch;
And then, O what a glorious sight,
Warm steaming, rich!
Then spoon for spoon, the stretch and strive:
Devil take the hindmost, on they drive,
Till all their well swollen bellies by-and-by
Are bent like drums;
Then old Master of the house, most like to burst,
‘The grace!’ hums.
Is there that over his French ragout,
Or olio that would sicken a sow,
Or fricassee would make her throw-up
With perfect disgust,
Looks down with sneering, scornful view
On such a dinner?
Poor devil! see him over his trash,
As feeble as a withered rush,
His thin legs a good whip-lash,
His fist a nut;
Through bloody flood or field to dash,
O how unfit.
But mark the Rustic, haggis-fed,
The trembling earth resounds his tread,
Clap in his ample fist a blade,
He will make it whistle;
And legs, and arms, and heads will crop
Like tops of thistle.
You powers, who make mankind your care,
And dish them out their bill of fare,
Old Scotland want no watery ware,
That splashes in small wooden dishes;
But is you wish her grateful prayer,
Give her a Haggis!
Donc, comment ça se déroule? Eh bien, dans mon cas, nos popotins ont été posés sur des coussins posés à même le sol dans le grenier mystérieux qui surmonte mon logis, le kilté ayant à faire attention à ne pas s’asseoir à l’indienne. Nous avons allumé les chandelles, Ellie a prononcé Adress to a Haggis, j’ai prononcé la traduction (oui oui, moi même) et nous nous sommes ensuite attaqués à la nourriture. Il semblerait que la réelle cérémonie soit bien plus complexe, avec des hommages aux dames, aux ancêtres, aux poissons rouges, alouette, et qu’il faut commencer à midi afin d’avoir fini toutes les cérémonies pour le souper. Je ne sais pas si c’est vrai, mais je sais que la version que j’ai vécue me semble bien suffisante.
[zone wikipedia 2]
The format of Burns suppers has not changed since Robert’s death in 1796. The basic format starts with a general welcome and announcements followed with the Selkirk Grace. Just post the grace comes the piping and cutting of the Haggis, where Robert’s famous Address To a Haggis is read, and the haggis is cut open. The event usually allows for people to start eating just after the haggis is presented. This is when the reading called the “immortal memory”, an overview of Robert’s life and work is given; the event usually concludes with the singing of Auld Lang Syne.
[/zone wikipedia 2]

Quelles traditions étranges que celles où un pays vénère un poète qui vénérait un plat de bouffe! (c’est quand même vraiment absurde)