Feb 20 2008

Cheeky bastard

Published by gwenaelle at 5:47 am under Sans catégorie

Devoir du mois : apprendre à avoir des valises aussi organisées au retour d’un voyage qu’au départ.  ** 

L’île de Skye est (je l’ai peut-être déjà dit) l’une des attractions top 3 de l’Écosse, conjointement avec la capitale, Edinburgh, et le monstre le plus moins menaçant, Nessie. (argh, aveuglée par le soleil!)  [Eh oui, malgré tout ce que vous pouvez croire, le soleil est plutôt offensif en Écosse et il ne se passe pas une semaine pendant laquelle je ne ronchonne pas contre mon oubli de sun spectacles (lunettes de soleil) chez moi. Bref.] 

Étant dans le top 3, l’île comprend un paquet de trucs pour touristes, comme des hôtels, des B&B, des « self catering », des campings, des TIC (Touristic Information Center) et des touristes. Quand les touristes dédaignent l’île, pour cause de « buh buh buh, c’est pas l’été, » l’endroit est pratiquement vide, habité uniquement par des locaux qui s’ennuient et des hôtels vides.  (Argh, si je regarde à gauche, je deviens aveugle, burahaaa) 

Mais les touristes ont parfois (souvent) du goût et, on le sait, souvent, leur présence détruit la beauté de ce qui les a attirés. C’est le cas pour l’île de Skye, bijoux des Highlands. Heureusement, hors-saison oblige, l’endroit est vidé de ses laideurs entre octobre et mars, rendant pour un court hiver les beautés de nouveau accessibles.  Le trajet pour se rendre à l’île est un rapide aperçu de ce qui nous attend une fois arrivés. Finis les champs verts s’étalant sur les collines à perte de vue que j’admire à chaque jour sur le chemin du travail, on à affaire à quelque chose de gros : des montagnes. Le sommet enneigé, la route étroite serpentant entre deux blocs de beauté; il est impossible de détacher ce regard époustouflé qui s’accroche à chaque interstice. Les couleurs sont magnifiques, même pendant le désertique hiver* que je vis, oranges et verts se mariant à merveille. J’ai eu des pensées de décoration intérieure, pendant un instant, me disant « humm, ça serait joli dans une cuisine! »  Suffoquée par le trajet de trois heures, temps qu’avais pris l’autobus pour parcourir la distance entre Inverness** et Portree, la plus moins petite ville, mon arrivée dans le port royal vers midi, couverte par le soleil qui devait être pluie, je n’eus d’autre choix que de sauter sur le premier vélo venu et d’aller vagabonder dans les collines des environs. L’air doux et le soleil tapant accompagnèrent mes pérégrinations sur des chemins perdus entre deux champs de mouton***. 

J’aimerais pouvoir dire que j’ai profité du bonheur visuel pour clic-cliqueter Joseph-l’appareil-photo dans toutes les directions, et, d’une certaine façon je peux le dire, mais, tristement, la lumière, l’angle, que sais-je, mes photos ne sont pas à la hauteur de l’original (quelques une ont échappé à ma haine, que vous pouvez admirer ici). Sachez quand même que mes yeux ont explosé de bonheur à plusieurs reprises, la solitude, les collines, les Cuillins Hillsª enneigées au loin, les mouton, le vélo (de merde), le vent agréable ayant encadré cette beauté de douceurs.

 Le reste du séjour fut tout aussi splendideªª et tout aussi indescriptible. Retenez les superlatifs appropriés, et penchez-vous sur ce message envoyé à un copain sur le chemin du retour : 

To : Rob Couchsurfing

Tchip. Just spent the weekend in Skye. Wow.

Et la réponse, tout aussi descriptive :  

From : Rob Couchsurfing

Cool. Wow is a pretty accurate description.

Il me semble superflu de décrire plus sérieusement mon séjour, cette conversation d’une profondeur impressionnante étant plus que suffisante.  

Rendons-nous au lundi soir, donc, moment de mon retour, autobus en direction d’Inverness. Étant dans la ville du charmant Simon, j’étais bien décidée à lui donner un câlin et les bouteilles de bière de Skye que je lui avais rapporté de l’île afin de le remercier de son hospitalité. Gaiement, je cognai à sa porte et fus alors happée par un vortex incroyable qui me fit manquer mon train du soir et dormir sur son divan, en compagnie d’une couchsurfeuse allemande. Le lendemain matin, péniblement extirpée des couvertures, je ramassai mes millions de sac (dont la moitié sont apparus pendant un voyage où je n’ai pas fait un seul achat…) et me dirigeai vers la mignonne gare de la ville. M’arrêtant en chemin au Lemon Tree, café, pour me munir d’une tasse de thé et d’un sconeªªª afin de ne pas mourir de faim pendant le trajet Inverness-Aberdeen que je m’apprêtais à faire.  Dans le joyeux établissement, coincé entre deux magasins supra-mondial (dont un café où j’aurais pénétré anonymement si je n’avais pas remarqué l’arbre à citron), on me demande d’où je viens. « Montréal, mais je vis à Aberdeen » que je répond presqu’automatiquement. Il y a des questions qu’on entend souvent. Cet automatisme provoque une chute d’exclamations sur l’horrible équipe de football°, l’horrible température°°, les horribles habitants, les horribles bâtiments gris, etc. sortant d’un groupe de vieux monsieurs assis dans un coin, concluant qu’Aberdeen est une ville horrible et que je ne devrais pas vivre là. On me demande combien de temps durera mon calvaire et comment il est possible que je ne déteste pas profondément l’endroit. La vie a de ces mystères, il faut croire, puisque je suis toujours et encore amoureuse par-dessus la tête. 

Je quitte alors le sympathique café, enjouée, chargée comme un mulet, un thé dans une main et un scone couvert de confiture dans l’autre et gambade lourdement vers mon train, le sourire au lèvres et le soleil dans le ciel. C’est de ce train que, posh me, j’écris ce compte rendu qui, je le sais, ne dépasserais pas le stade d’idée si je ne le cliquetais pas immédiatement. Puisque mon livre a été lu d’une couverture à l’autre et que le ciel brillant ne donne pas envie de parcourir un guide de voyage froid°°°, je profite de la table que j’ai réussi à empoigner avant tout le monde et, sous les regards inquisiteurs (et apercevant au loin des élèves qui viennent de grimper dans le tuyau roulant), je tapoche sur mon clavier.  C’est comme ça que se finit mon histoire. Merci de votre attention. 

** 

*Chers lecteurs, je l’annonce solennellement : je ne crois pas être capable de vivre un hiver québécois après avoir vécu la douceur écossaise. Sans devenir bêtement une Snowbird de la Floride, je crois bien que je devrai m’exiler pour la durée de cet enfer de neige. En Écosse? 

**Étrangement, je vis avec Inverness la même chose qu’avec Edinburgh. Connaissant plutôt bien la ville, je la retrouve comme on retrouve une vieille connaissance, étant probablement capable d’offrir un tour de ville décent aux touristes en cavale. J’aime bien cette sensation, que j’éprouve de l’autre côté de l’océan pour Rimouski et sa mer. ***En English, mouton ne prend pas de S. Par sympathie, j’ai décidé de cesser d’utiliser le pluriel en français aussi. 

ªQui est, proclame Lonely : « la chaîne de montagne la plus spectaculaire de Grande-Bretagne. » ªªAvant de me coucher et entre deux aventures visuelles, je lisais confortablement le tome 1 des Misérables de Monsieur Vict’. N’étant pas de taille à juger le monstre, je me contenterai de dire que la description, vers la fin du livre, de la bataille de Waterloo et, surtout, la description de Wellington m’a fait plus que sourire. Deux raisons. La première est que, vivant depuis un temps plutôt long (eh, six mois déjà) dans le pays du vainqueur, j’ai pu voir bon nombre de statues représentant l’homme, incluant celle qui est devant le musée d’art contemporain de Glasgow où le général (?) et son cheval sont coiffés d’un mignon cône orangé [image]. Mais l’hommage le plus poignant est, à mon sens, le nom sous lequel on reconnaît les bien pratique bottes de pluie que les pêcheurs, surtout, et les jardiniers chaussent en temps d’humidité : des wellies. La seconde raison de mon humeur gaie, c’est l’exclamation, rapportée par l’auteur, que Wellie est sensé avoir jetée en cours de bataille. « Splendid! » aurait-il dit. Attirée par le mot, je l’ai aussitôt intégré dans mon vocabulaire, aux côtés de ce « Bloody Hell » que j’affectionne particulièrement. 

ªªªJe le jure, je ne fais pas exprès pour être accro au thé. Et pour ce qui est des scones, mon expérience de ce matin vient de démentir leur réputation. Un scone, c’est bon!  °De soccer, messieurs-dames nord-américains, de soccer. 

°°J’ai vu pire, franchement. °°°Le guide de l’Islande vient en effet muni d’une glacière et d’un paquet de crème glacée. Lonely Planet fait tout pour préparer ses lecteurs aux rudesses du voyage qui les attend.

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