Sep 09 2007
Partie un: Heather
Recevant ce matin un enième courriel d’adoration, la lectrice en manque m’implorant de mettre à jour mes péripéties écossaises, j’ai décidé de conjuger l’expédition prévue à la plage avec l’écriture massive de tout ce que je dois raconter. C’est ainsi que je me retrouve les deux pieds dans le sable, à dix mètres de ces vagues qui font un bruit magnifique, avec Aristote-le-laptop et le chandail rayé de mon papa. D’une façon toute ironique, c’est aujourd’hui la première journée de mon séjour où il ne fait pas soleil, et les gouttelettes nettoient l’écran graisseux d’Aristote. Un mal pour un bien, donc.
Les pieds dans l’eau? Pourriez-vous me demander. Beh non, pas les pieds dans cette eau, salée soit, mais aussi bien frette. Une dizaine de secondes à la fois, c’est tout-à-fait suffisant. Il faut s’apprivoiser, se regarder de loin. On est pas encore très intimes, la Sea et moi, vous voyez.
Mais aventurons-nous plutôt vers les choses sérieuses, c’est-à-dire la météo.
Je pourrais en effet commencer par vous parler de température, comme si je n’avais rien à dire. “Fait beau dehors, hein” “Ouain, ouain” Mais, en fait, c’est parce que j’ai quelque chose à dire sur la température que j’aborde le sujet. Ça compte?
On m’avait prévenue mille et mille fois à propos de la pluie, des nuages, du froid, de l’humidité et de la pluie. On m’a offert un parapluie, parlé de bottes et enjoint de traîner avec moi un chandail de laine. Désolé les copains, mais vous aviez tout faux. Depuis deux semaines que je suis ici, je n’ai vu que quelques gouttelettes pendant une quinzaine de minutes, une ou deux fois. La phrase “lovely day, isn’t it?” est probablement celle que j’ai entendue le plus souvent, à mon grand dam. Où sont ces bancs de brouillards dont le Highway Code* m’entretient en long et en large? Où est la pluie, la pluiieeee!! Décevant, je dois l’avouer. Je me promène en tisheurt, avec parfois une manche longue par-dessus, quand il est passé minuit. J’ai même cessé de traîner mon parapluie avec moi, parce que ça sert à rien!
(Preuves qui démontrent à quel point la température est magnifique: (1) + (2))
Mais, heureusement, certaines choses correspondent aux préjugés, comme c’est le cas pour les gens en kilt. Moi qui croyait que le kilt était devenu un truc pour les touristes que des gens payés pour ça ressortaient une fois de temps en temps lors de festivaux (oui, festivaux) pour que les japonais puissent prendre des photos clic-clic, j’étais dans l’erreur. Hier encore, j’ai vu au moins cinq mecs différents (et complètement saouls) se promener en jupette, seulement parce que l’Écosse jouait un match de rugby (c’est ce qu’on m’a dit). En fait, il semble que toute raison soit bonne pour se promener sans sous-vêtements. Malgré tout, hier était une journée plutôt fertile en kilts. Habituellement, ces démonstrations se font seulement lors de grands événements tels les mariages, les higlands games (mais oui, là où j’ai vu la Queen) ou les gros matchs de rugby/football.
Pendant que nous en sommes dans les préjugés, je me dois de vous parler d’Heather. Mon. Mobile phone.
(Amis, famille, je vous implore de bien vouloir être tolérants vis-à-vis d’Heather. Cette petite machine m’a été donnée, gratuitement, pour pas un sou, par un collègue de travail. Car, ici, le mobile phoning n’a pas le même statut qu’en amérique nordiale. D’ailleurs, la simple constatation que ma vie sociale a proprement débuté lorsque j’eus pris possession de la bleu pâlité d’Heather dévoile une société différente, pour qui l’internet n’est pas une nécessité, mais le téléphone, où plutôt, le texting, oui)
Heather, donc. Heather est un téléphone cellulaire des plus fancy. Muni d’une caméra (vidéo et photo), d’une radio, d’un lecteur mp3 et d’un lecteur de vidéo, ce truc possède beaucoup plus de caractéristiques que ce que je compte utiliser. Mais Heather semble être essentielle à ma vie, comme en témoignent tous ces visages contrits à l’annonce de mon absence de connexion au monde téléphonique (”I don’t have a mobile phone…” “You what?!” “Well, no…” “Wow!”) ou, même, lorsque j’annonce tout bonnement que c’est mon premier cellulaire à vie (”How old are you?!” “20…” “And it’s your first mobile?!!!!” “Well… Yes… And probably the last” “I can’t believe that”) dans une conversation. Le cellulaire est plus qu’une mode ici, il est essentiel tout comme la connexion internet l’est pour moi. Coupez moi d’internet, et je meurs (malheureusement ¬¬), coupez un écossais (ou un européen pour ce que j’en sais) du cellulaire, et c’est comme lui enlever un bras. J’ai donc un mobile phone depuis 72 heures et bien que j’aie communiqué intensément en sa compagnie, personne ne m’a encore téléphoné. Le texting est un fléau qui me muscle le pouce depuis trois jours. On n’appelle plus les gens, déplorait ma flatmate Susan lorsque je lui confiais n’avoir pas encore répondu au téléphone, on les texte. Et à l’aide d’une orthographe médiocre et de raccourcis textuels. Heureusement pour moi, les gens que je fréquente sont des gens bien élevés qui savent texter correctement. Malgré tout, malgré tout.
Mais qui sont ces gens que je fréquente, feriez-vous bien de vous enquérir? Sont-il la raison qui fait que tu as négligé la virtualité cette semaine?
Beh, oui.
Ayant emménagé dimanche passé (une semaine d’adultité déjà!), j’ai pu contacter à nouveau certaines personnes à qui j’avais envoyé des courriels avant mon départ et leur proposer de nous rencontrer, afin que je ne sombre pas dans le syndrome du “j’ai pas d’amis, je reste dans ma chambre, je mange des sucreries et je déprime.” Couchsurfers à la rescousse.
Couch-quoi?
Bon.
Couchsurfing est un site internet sur lequel des humains du monde entier s’inscrivent, construisent un profil et proposent aux voyageurs d’ailleurs de venir dormir sur leur sofa plutôt que de payer un montant immense dans les hôtels, B&B et même auberges de jeunesse**. Couchsurfing permet donc aux voyageurs de tout âge de (1) rencontrer des gens qui vivent dans le pays où ils vont (ce qui est vraiment sympa du point de vue culturel autant que touristique [ahh, tu devrais aller visiter ça, c’est une merveille que les touristes ne vont jamais voir]), (2) dormir dans un endroit sympa pour pas un rond (et parfois même prendre une douche pour le même prix) et (3) ne pas s’ennuyer dans l’anonymat d’un hôtel plein d’américains. Le site existe depuis quelques années et les statistiques sont vraiment impressionnantes (le nombre d’expériences négatives est extrêmement bas). Montréal a d’ailleurs longtemps été la ville par excellence du couchsurfing, maintenant délogée par Paris et ses 200 couchsurfers de plus (grr).
Fin août, en recherche d’un endroit où vivre pendant 9 mois (au moins), j’avais donc été sur le site, où j’avais choisi une vingtaine-trentaine de surfers dans la quatre-vingt-dizaine que possède Aberdeen à qui j’avais envoyé un message leur demandant de m’aider dans mes recherches. Aucun d’entre eux ne m’a finalement été bien utile (Susan-la-flatmate est une amie d’une collègue de travail), mais la majorité m’avait enjoint de leur faire signe lorsque je serais en territoire royal, pour que nous puissions nous rencontrer.
C’est ainsi que j’ai contacté quelque uns d’entre eux cette semaine pour leur proposer de m’aider à ne pas rencontrer le monstre de la déprime ou, pire, celui de l’addiction totale au virtuel ami. Mais avant cela s’est produit un événement qui mérite des détails.
**
*Le Higway Code est le code de la route, livre, d’ici. Je viens de le lire puisque, voulant bicycletter en paix, je désirais savoir s’il y avait d’autres différences que les rond-points et la conduite à gauche dans les habitudes routière britanniques.
**Ceux qui n’ont pas de sofa ou ne veulent/peuvent pas héberger de voyageurs paumés peuvent aussi appliquer le “available for a coffe or a drink” sur leur profil, puisque certains voyageurs souhaitent seulement rencontrer des locaux qui leur feront découvrir des coins sympathiques de la ville, ceux que les touristes ne voient habituellement pas.
Par ailleur, si vous voulez voir mon sympathique profil, vous n’avez qu’à cliquer à l’extrême droite de cette page sur le lien “Couchsurfing”.

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Quand on sera en appart, on accueillera des couchsurfer! Ça peut juste briser la routine!